Deepmind : la machine a dépassé l’homme

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Si le constat est plus nuancé que cela, l’intelligence artificielle AlphaStar de Deepmind a quand même éclaté deux joueurs professionnels de Starcraft II, façon Skynet. Si vous vous intéressez un petit peu à l’actualité du jeu vous avez dû assister à la raclée monumentale infligée à Dario « TLO » Wünsch et Grzegorz «  Mana » Komincz, qui s’est conclue sur le score de 10 – 1 en faveur de l’IA. Cette performance plutôt inattendue est une consécration pour Deepmind qui ne pensait pas briser ce jeu de stratégie aussi facilement qu’il s’était imposé dans les échecs et le jeu de Go. Il a fallu tout de même deux ans en étroite collaboration avec Blizzard pour obtenir ce résultat qu’il est nécessaire de modérer.

DeepmindMalgré l’équivalent des 200 ans d’entraînement accéléré dont a bénéficié Alphastar en analysant des parties de joueurs pros et en jouant en boucle, l’IA est loin d’être toute puissante. A vrai dire, elle a même une connaissance limitée dans le RTS puisqu’elle ne maîtrise que le match-up Protoss vs Protoss à l’heure actuelle. Un duel forcément difficile pour le joueur TLO qui joue principalement Zerg, mais qui n’explique pas pourquoi Mana, Protoss de confession, s’est pris une déculotté. Encore moins quand on analyse le comportement pour le moins étonnant de la création de Deepmind. Sa manière excessive de gérer de petites menaces (une simple sonde) est assez symptomatique des limitations encore visibles que Mana a su exploiter dans l’unique victoire qu’il a volé à la machine. Cela dit, la macro-gestion d’Alphastar a remis en question ce que nous prenions pour acquis depuis des lustres. Entre l’exploitation tardive du gaz vespène ou la sursaturation des lignes de minerai, il y avait de quoi prendre des notes pour les experts du milieu. Les joueurs pros l’ont concédé : la rencontre avec Deepmind s’est en grande partie jouée sur la micro-gestion trop parfaite de l’IA, malgré des actions par minute égales (voir inférieures) aux humains. Forcément, sans véritable souris à gérer et sans mouvements de caméra à opérer, l’homme ne peut que s’incliner dans ce domaine. Deepmind nuance quand même cela en expliquant qu’Alphastar se concentre sur 30 zones différentes en l’espace d’une minute, un peu comme un humain très doué.

Un cap a été franchi pour Deepmind qui a permis à la branche de Google de faire valoir son efficacité en réalisant un défi aussi grand en si peu de temps. Deepmind Pas plus tard qu’en 2017, une autre IA s’est frottée à Stork, un joueur pro coréen (plus redoutable donc) lors de la Blizzcon et le résultat a été très différent. On pourrait également parler d’OpenAI, société créée par Elon Musk et concurrente de Deepmind. Ses performances mitigées en 2018 sur le jeu DOTA 2 montrent qu’il y a encore beaucoup de boulot et que la victoire d’Alphastar, aussi tonitruante soit-elle, n’est qu’une première étape. Qui plus est, ces travaux dépassent largement le seul cadre du jeu vidéo. Deepmind l’a bien précisé, ses IA sont destinées dans un futur plus ou moins proche à des domaines aussi variés que la prédiction météorologique ou l’analyse du langage. La vraie question est maintenant de savoir quels sont les prochains objectifs de l’entreprise, et s’ils concernent encore de près ou de loin Starcraft II.

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